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La démocratie à tirage au sort multi-institutionnel: Leçons athéniennes pour les temps modernes

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La démocratie à tirage au sort multi-institutionnel: Leçons athéniennes pour les temps modernes

Résumé

La démocratie athénienne classique est présentée ici comme un système représentatif, plutôt que sous la forme d’une «démocratie directe». Lorsqu’on la regarde de cette façon, le problème d’échelle généralement admis comme limite à l’application de la démocratie athénienne aux Etats-nations modernes est résolu, et les principes et les pratiques du modèle démocratique athénien apparaissent alors toujours pertinents aujourd’hui. Le rôle clé du tirage au sort pour former plusieurs corps délibérants est expliqué. Cinq dilemmes rencontrés par les propositions modernes pour l’utilisation de tirage au sort sont examinés. Enfin, un nouveau modèle législatif utilisant plusieurs chambres tirées au sort est présenté qui résout ces dilemmes. Ce modèle peut être mis en œuvre de nombreuses façons, allant d’un petit ajout à un système existant à une réforme plus fondamentale telle que le remplacement d’une ou plusieurs chambres élues.

Traduction française collaborative.

Bouricius, Terrill G. (2013) « Democracy Through Multi-Body Sortition: Athenian Lessons for the Modern Day, » Journal of Public Deliberation: Vol. 9: Iss. 1, Article 11.

Disponible ici: http://www.publicdeliberation.net/jpd/vol9/iss1/art11

 Introduction

Un certain nombre de chercheurs ont proposé des réformes démocratiques qui utilisent le tirage au sort pour former des corps délibérants. Les défenseurs du tirage au sort se tournent souvent vers la démocratie athénienne classique comme source d’inspiration. Cependant, la plupart des théoriciens politiques traitent la démocratie athénienne comme n’ayant pas de leçons pratiques à donner aux États-nations modernes, à cause de la question de l’échelle. Je ferai valoir que certaines pratiques et principes de la démocratie athénienne peuvent relever le défi de l’échelle, et qu’ils peuvent même être utilisés pour concevoir des systèmes législatifs bien supérieurs à n’importe quel système utilisé par les démocraties représentatives modernes. Mon intention n’est pas d’idéaliser la démocratie athénienne – ce fut une société qui détenait des esclaves, excluait les femmes de la citoyenneté, et a créé un empire en conquérant d’autres cités-états. Cependant, je ferai valoir que certains aspects de la démocratie athénienne contiennent de précieuses leçons pour réformer les gouvernements d’aujourd’hui.

Trois pratiques clés d’Athènes étaient: 1) le choix des législateurs et des autres corps délibérants par tirage au sort plutôt que par élection, 2) la division des tâches législatives entre plusieurs institutions, chacune avec des caractéristiques particulières, et 3) l’utilisation simultanée de corps temporaires et de corps fixes dans le processus de prise de décision. Cette structure permet une performance optimale en faisant correspondre les tâches législatives aux caractéristiques inhérentes à chaque type d’institution, tout en minimisant les possibilités de thésaurisation du pouvoir et de corruption. Les principes démocratiques athéniens clés qui sous-tendent le système que je propose sont le principe de l’égalité politique (isonomia), le droit de parler et de contribuer au débat (isegoria), et une croyance en la capacité d’un groupe de personnes à délibérer, peser les arguments, et prendre des décisions raisonnables.

 

  1. La démocratie athénienne réinterprétée

1.1. Modèle athénien : la démocratie représentative non-élective

Entretien avec Dalie Giroux

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Cet entretien a été réalisé par Erik Gustafsson pour l’association Devenons Citoyens.

Qu’entend-on aujourd’hui par Sciences politiques? Qu’étudient-elles? Comment? Et dans quel but ?

 Les sciences politiques ont historiquement été une discipline liée à l’étude des institutions politiques disons « modernes », i.e. l’État et ses relations extérieures, les régimes et les formes de gouvernement, l’activité législative, l’administration et la gestion publique, les politiques publiques, la vie des partis, la communication politique, les organisations internationales. C’est dire que c’est une science qui ne s’est jamais beaucoup éloigné du pouvoir effectif, et qui a essentiellement servi, hier et aujourd’hui, à former des personnes destinées à servir l’appareil d’État, ou du moins des personnes aptes à analyser l’action de celui-ci – l’État reste à ce jour le grand fétiche des sciences politiques, malgré une diversification notable des perspectives depuis une vingtaine d’années.

En effet, l’introduction du marxisme dans les sciences sociales, et graduellement dans cette foulée différents courants théoriques critiques, jusqu’aux Cultural Studies contemporaines, ont élargi le spectre de la discipline, et en conséquence les objets de son attention : les mouvements sociaux, le féminisme et les questions de genre, le discours et les objets discursifs, la question de la décolonisation, les cultures politiques marginales ou radicales, les nouvelles technologies, l’écopolitique, les acteurs non-humains… On constate en fait une explosion des objets de l’interrogation et de l’enquête sur le politique, et bien que cette tendance fasse l’objet d’une résistance parfois assez forte dans la majorité des départements de science politique en Amérique du Nord, celle-ci m’apparaît à la fois scientifiquement nécessaire (eu égard à la complexité des phénomènes politiques contemporains, par laquelle s’indique une pratique fortement interdisciplinaire), et d’une certaine manière inéluctable (les humains s’approprient le monde par la connaissance, et la trace de cette appropriation prend le nom de science – l’archive qu’est la discipline « science politique » est par là même condamnée à une perpétuelle transvaluation).

Ceci étant dit, j’aimerais, pour répondre à la question de savoir « ce qu’étudie la science politique, comment elle le fait et dans quel but », énoncer un programme. Il me semble que la « science », quel que soit son « domaine », devrait affleurer au centre de la vie, et devrait viser à pouvoir tout faire : s’organiser, là où nous sommes, n’importe qui, n’importe où, et produire tout ce qu’il faut pour vivre. C’est-à-dire, donc, de manière non aliénée, et ce, en désagrégeant ce qui est le grand mal de l’institution contemporaine du savoir, le fait que le savoir est monopolisé, privatisé, détenu, désarticulé, et production de soumission plutôt que de liberté. Il faudrait s’approprier de la science, contourner la croyance selon laquelle la connaissance coûte quelque chose. Cela signifie ce que j’ai appelé la culture d’une SCIENCE IDIOTE, qui ruinerait par son existence toute pratique de la privation[1].

 

Quelles est le rôle du langage et de l’histoire dans la déresponsabilisation des sociétés dominantes et de quelle façon la parole peut-elle contrer cela ? (ex des autochtones, du langage utilisés et de votre article « le territoire de l’âme »)